L'accompagnement éducatif. Un premier pas vers un projet éducatif national ?

Publié le par ethnoeduc

L'annonce de Xavier Darcos instaurant dès la rentrée prochaine des études dirigées dans les collèges en RAR puis progressivement dans toutes les écoles et tous les collèges était attendue, puisque le soutien scolaire a été un des thèmes dominants et consensuels de la campagne présidentielle. En effet, compte tenu du développement exponentiel des officines de soutien privé, qui avantage les parents pouvant déduire 50% de leur revenu fiscal - autrement dit les plus favorisés - il devenait urgent de donner un signal fort aux autres familles qui ne peuvent compter localement que sur les associations de quartier (lorsqu'elles existent) ou les sites de soutien en ligne.

Pourtant, cette annonce doit être regardée avec attention. Pour l'instant il est encore trop tôt pour chiffrer économiquement l'impact d’une telle mesure. Prudent, le ministère entend d'abord voir ce qui se passe dans les RAR, c'est-à-dire dans les lieux les mieux dotés du point de vue de l'accompagnement scolaire: assistants pédagogiques et professeurs référents ont été recrutés dans ces collèges depuis la rentrée 2006, avec pour mission de proposer des temps de soutien et d'aide aux élèves en difficulté. Rappelons également que le plan 100 000 étudiants pour 100 000 élèves a été développé en direction des établissements prioritaires. par ailleurs, les établissements en RAR sont bien souvent situés en quartier politique de la ville où les associations sont généralement financées dans le cadre du CLAS (contrat local d'accompagnement à la scolarité). Il ne devrait pas donc être trop difficile dans ces quartiers de trouver les ressources nécessaires à une politique cohérente, coordonnée et équitable d'accompagnement scolaire.

La situation est déjà plus préoccupante dans les établissements prioritaires non "ambition réussite". En effet, certains d'entre eux sont situés à la limite ou même en dehors de quartiers politique de la ville et ne bénéficient pas des mêmes moyens. Par ailleurs, la dotation horaire globale des collèges en ZEP, si elle permet des dédoublements de classe ou des groupes de besoin, est plus rarement utilisée pour de l'accompagnement scolaire ou des études dirigées. En primaire, tout dépend de l'offre municipale. A Paris, par exemple, la municipalité propose à côté d'études surveillées (payantes) des clubs coup de pouce en CP ou des Ateliers français et mathématiques au CM2 et en 6ème. Mais ces derniers sont réservés à des élèves potentiellement décrocheurs et ne concerne que 5 élèves par classe. Comme dans d'autres municipalités, il y a donc des besoins substantiels que ne permettent pas de couvrir les projets éducatifs locaux, quand ils existent.

Par ailleurs, les attentes des élèves de lycée doivent être prises en compte, notamment au moment du passage de 3ème en 2de durant lequel beaucoup d'élèves "moyens" se retrouvent en difficulté passagère. Comment les aider de façon efficace ?

Enfin, la question de l'accompagnement scolaire ne doit pas occulter une problématique récurrente du système scolaire français : je veux parler de l'aide à l'orientation, dont un reportage récent sur France 2 (Envoyé spécial) a montré les limites voire les carences. Comment mieux aider les élèves dans l'élaboration d'un projet personnel et professionnel, quand on connaît les taux d'orientation extrêmement faibles vers le lycée général dans certains collèges en RAR et en REP ?

Si le ministre souhaite la réussite pour tous les jeunes, il faut alors qu'il se donne les moyens humains et organisationnels qui permettront ces avancées nécessaires du système éducatif. Cela suppose notamment une refonte complète des temps scolaires et périscolaires, une intégration des familles à la réflexion et à l'accompagnement éducatif, une redéfinition des rôles et des enjeux éducatifs et scolaires (éducation partagée, éducation populaire...), la mobilisation des moyens au service d'un projet éducatif national.

 

 

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