L'aide aux devoirs, question sociétale...et pédagogique

Publié le par ethnoeduc

L’accompagnement scolaire - l'aide aux devoirs -  est une question à la fois pédagogique et une question sociétale.

 

Rappel du contexte historique :

 

-         L’aide aux leçons et aux devoirs a toujours existé sous différentes formes. En France elle a souvent été l’affaire de l’école mais aussi celle des associations d’éducation populaire qui y ont vu le moyen de renforcer les solidarités entre les générations (la transmission des savoirs) et les différents milieux sociaux (la réduction des inégalités). L’accompagnement scolaire dans sa forme associative est aussi une spécificité française liée au développement des zones sensibles et à la richesse du tissu associatif et du réseau des centres sociaux.

 

-         L’aide aux devoirs est évidemment un objet sociologique, économique voire politique mais elle est également un objet pédagogique qui a été trop souvent ignoré ces dernières années. Elle a constitué jusqu’à une période très récente  un véritable angle mort du système éducatif. Lié à l’ambiguïté persistante au tour de la circulaire de 1956, toujours en vigueur mais jamais appliquée.

 

 

Derrière la question de l’aide aux devoirs – qu’il faut bien considérer comme une forme de domestication du travail scolaire – son versant éducatif l’accompagnement à la scolarité - se cache en réalité une autre thématique qui nous est bien connue et qui frappe plus particulièrement certains élèves : celle de l’échec scolaire.

 

"Manque de travail, révisions insuffisantes, contrôles insuffisamment préparés, devoirs non faits, leçons non sues, travaux personnels non rendus." Ces remarques des professeurs reviennent en leitmotiv pour souligner une évidence : les élèves les plus fragiles, qui ont des difficultés en classe, n'apprennent pas bien non plus chez eux.

De ce point de vue le travail scolaire demandé à la maison, dans la forme qu’il revêt habituellement et qui suppose l’acquisition d’une certaine autonomie, un lieu de travail calme, des outils de recherche, une méthodologie, constitue, sans l’accompagnement nécessaire à sa réalisation une forme d’inégalité supplémentaire créée par l’école, sans pourtant qu’aucun contrôle, qu’aucune évaluation ne permette de s’en faire une représentation objective.

 

Et si ces deux thématiques (devoirs / échec scolaire) sont liées c’est tout simplement parce que les devoirs, lorsqu’ils sont donnés par les enseignants sans explicitation de leurs attentes et sans outil méthodologique pour les réaliser, aboutissent finalement à un accroissement des difficultés par rapport à la demande scolaire.

 

 

Exemple : J’intervenais la semaine dernière en formation avec des jeunes bénévoles d’une grande association d’accompagnement à la scolarité et l’une d’entre eux se plaignait de devoir passer une heure trente chaque soir pour parvenir à faire le travail demandé par l’enseignante.

Encore dans cette situation peut-on se féliciter que l’enfant dont il est question reçoive l’aide d’une accompagnatrice bénévole. Mais il est clair que cette personne, à elle seule, ne peut pas compenser – puisqu’il s’agit bien ici de compensation pédagogique – les difficultés et la sur charge de travail que va rencontrer l’élève dans une telle situation. Pourquoi se mettrait-il soudain à comprendre seul ce que l'on n'a pas pu ou su lui faire saisir en classe ?

 

S’agit-il d’une exception ? Peut-être, mais ce qui est certain c’est qu’actuellement il n’existe aucun cadrage qualitatif et quantitatif autour de la question des leçons et/ou des devoirs à donner.

De ce point de vue les expériences menées autour de l’accompagnement éducatif ont permis à certains professeurs de se rendre compte que les attentes de leurs collègues étaient parfois démesurées au regard des capacités réelles des élèves qu’ils cherchaient à aider. Mieux, lorsqu’ils ont eu la possibilité de prendre en charge leurs propres élèves, ils se sont souvent rendu compte d’un décalage entre la compréhension réelle d’une leçon qu’ils avaient faite en classe et ce qu’ils en supposaient (processus enseigner vs processus apprendre).

 

Il ne s'agit pas évidemment pas dans mon propos de chercher à cloisonner strictement l’école et la maison, de regretter qu’un travail personnel puisse être mené en dehors des heures de classe, mais uniquement de s’ étonner de voir porter une partie du travail d’apprentissage sur un temps et un lieu externes à l’école, lieu sur lequel nous savons pertinemment que le niveau d’étayage n’est absolument pas le même, compte tenu du capital culturel et du niveau d’études auxquels ont accédé certains parents.

 

 

Formation des élèves, formation des bénévoles, des enseignants

 

On peut bien évidemment souhaiter que les élèves soient autonomes, qu’ils sachent s’organiser, planifier le travail demandé. Encore faudrait-il peut-être penser à le leur apprendre et vérifier que cet apprentissage est véritablement opérationnel. Compter sur le dévouement des bénévoles des associations de quartier comme cela a été fait durant des années (processus d’externalisation) est tout de même un peu léger. A ma connaissance, ils ne sont pas si nombreux les départements où des formations communes ont été organisées avec l’Education Nationale, les associations et les centres sociaux qui interviennent dans ce domaine.

 

Autre problème récurrent, plus le cursus scolaire avance, plus le niveau de difficulté devient grand pour l’accompagnateur et/ou le parent. Si, à l’école élémentaire, les parents (très majoritairement la mère, comme on le sait) apportent environ 15h d’aide au travail scolaire par mois, ils ne le font plus que 4 ou 5 heures au collège et au lycée.

 

C’est pourquoi il me semble indispensable de mettre en place une offre plus soutenue au collège et au lycée, car on sait  que :

-         les parents s’estiment, à tort ou à raison, souvent « incompétents » sur ces niveaux

-         l’offre périscolaire de quartier est souvent insuffisante, notamment au lycée.

 

S’ils ont la maîtrise des savoirs et de leur transmission (processus « enseigner »), les professeurs eux-mêmes ont besoin de se former pour être en mesure d’analyser les stratégies d’apprentissage de leurs élèves et les processus qui les conduisent à l’erreur. Ces formations existent, elles permettraient de considérer l’apprentissage des leçons non plus comme un processus secondaire mais comme partie intégrante du processus d’apprentissage global d’une notion.

 

 

Formation des parents

 

Il faut cependant être attentif à ne pas créer par ces dispositifs d’accompagnement éducatif de substitution à la fonction parentale, les parents étant et devant rester les premiers éducateurs de leurs enfants. Il faut au contraire essayer de les associer au maximum et l’aide aux devoirs peut constituer de ce point de vue un objet privilégié de l’alliance éducative autour de l’enfant. C’est pourquoi il est nécessaire qu’ils puissent se représenter de façon satisfaisante leur rôle dans ce processus de prolongation des apprentissages réalisés en classe, suivre les devoirs demandés, lire le cahier de texte, montrer à leurs enfants qu’ils sont au courant des demandes de l’école et qu’ils y participent activement, même s’ils ne saisissent pas forcément l’ensemble des enjeux pédagogiques. C’est la seule façon pour qu’ils ne soient pas vus par leurs propres enfants comme des « étrangers culturels, intellectuellement et symboliquement disqualifiés ».

 

Conclusions :

-         L’aide aux devoirs implique de fait pour pouvoir être efficace un effort de formation a) des enseignants, b) des bénévoles, c) des élèves, d) des parents. Les stratégies d’apprentissage utilisées par les élèves sont encore mal connues. On le voit aujourd’hui dans le champ de l’aide personnalisée car les enseignants avouent ne pas arriver à accompagner certains des élèves qu’ils ont inscrits. C’est également vrai dans le champ de l’accompagnement éducatif. Accompagner, aider, sont des actes pédagogiques qui ne vont pas de soi, et font appel à des compétences distinctes des compétences didactiques habituellement mobilisées dans le cadre de l’enseignement en grand groupe. Interaction langagière, identification des stratégies d’apprentissage, analyse de l’erreur, pédagogie de détour, etc…

 

-         L’aide aux devoirs en tant que telle ne peut se suffire à elle seule. Elle ne peut prendre du sens, notamment en ZEP que dans un cadre plus large qui est celui de l’accompagnement éducatif et scolaire. L’enjeu est de taille puisqu’une étude américaine a estimé dans les années 90 à 40% la proportion des apprentissages cognitifs qui se feraient en dehors du temps scolaire (par la richesse du contexte familial, notamment). Cette étude, qui fut à l’origine du dispositif « coup de pouce », tend à montrer que le milieu joue un rôle important dans la prolongation des apprentissages réalisés en classe. Cela signifie que l’on ne peut se contenter de faire de l’aide aux devoirs, de rester sur une forme scolaro-centrée pour des élèves qui ont déjà du mal à donner un sens social aux apprentissages réalisés en classe, ces fameux élèves qui disent apprendre à lire pour passer dans la classe supérieure ou pour faire plaisir à leur enseignant. Il faut adjoindre à l’aide aux devoirs un certain nombre d’activités culturelles qui vont permettre aux élèves de faire des liens entre les savoirs, de construire des ponts, des passerelles. Derrière la question de la contextualisation, il y a presque immédiatement la question de l’inter et de la transdisciplinarité qui a tant de mal à se construire dans les classes.

 

 

 

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christelle & maggy 29/03/2010 22:07


Nous venons de mettre en place un centre d'aide aux devoirs pour les enfants de primaire et pour les collégiens.Nous nous sommes rendues compte que les enfants et les parents étaient en demande et
qu'une structure différente de l'école et de la maison devait s'offrir à eux. C'est ce que nous avons essayé de faire...


Ethnoeduc 21/08/2010 10:20



Le lieu tiers peut s'avérer plus que nécessaire pour certains,notamment lorsque la demande scolaire et le milieu familial sont assez éloignéS; L'enfant / le jeune se sent parfois tiraillé entre
les valeurs familiales et les valeurs scolaires et a besoin du lieu tiers pour en faire la synthèse.