L'imaginaire et ses structures anthropologiques

Publié le par ethnoeduc

 

 

L’Imaginaire a une place très particulière dans les sciences humaines. Revendiqué très tôt comme une dépendance de l’inconscient, au sens freudien du terme, il a fait l’objet assez tardivement d’études anthropologiques de la part de Gilbert Durand, pour l’essentiel inspirés des images littéraires vues par Bachelard ou des images motrices de Désoille cherchant à qualifier les représentations visuelles ou verbales, la réflexologie de Betcherev fournissant le modèle dynamique recherché.

On sait que l’imagination est liée à la fantaisie qui renvoie étymologiquement à « ce qui est caché » et à « clarté » (phaos). Elle aurait donc pour fonction d’éclairer ce qui est caché, ce que nous avons qualifié « d’obscur » et se rattache très précisément à la fonction symbolique, qui vient de symbolein, c’est-à-dire deux bolas rattachés l’un à l’autre par un lien.

Gilbert Durand cherche à comprendre comment des ensembles d’images peuvent se constituer autour de « noyaux organisateurs », qu’il estime indépendants du temps ; du lieu et de la culture.

Après avoir partagé les images en deux régimes, le régime diurne et le régime nocturne (ou obscur), il constate que les noyaux organisateurs semblent s’organiser autour d’un triade correspondant aux premiers réflexes du nouveau-né qui sont :

-         la dominante de nutrition

-         la dominante posturale (ou phallique)

-         la dominante rythmique qui deviendra plus tard la dominante sexuelle ou disséminatrice.

 

 

 

Le chercheur établit des constantes qui lui permettent d’identifier des structures d’imagination dont la caractéristique est l’étroite concomitance entre gestes du corps, centres nerveux et représentations symboliques.

 

 

 

Autour de la première dominante, l’auteur regroupe ce qu’il définit comme l’univers du combat ou de la lutte. Ce sont les images de l’homme debout, du guerrier, des armes, mais aussi l’image du volcan, de la cime du sommet et de la révélation.

 

 

 

Autour de la deuxième dominante, on retrouve tout ce qui touche à l’univers mystique ou mystérieux, la grotte, la cavité, les contenants et l’idée de fusion, de rassemblement, de blottissement.

 

 

 

Autour de la dominante rythmique, l’univers est plus complexe et rejoint l’idée de transformation et de dissémination. Ce qui essaime, ce qui progresse et mute, l’image du temps, des cycles et des saisons.

 

 

 

Ces travaux ne sont pas sans conséquence sur la compréhension et la structuration de l’imaginaire chez l’enfant. L’école elle-même agit essentiellement sur le mode postural, demandant aux élèves de performer, de se mesurer, établissant des normes d’excellence.

Pour les élèves les moins préparés à cet exercice, l’impact sur l’identité sociale et scolaire va être important, parfois constructeur, mais parfois aussi pathogène. Pourtant l’école, de par son fonctionnement, intègre les autres modes (contenant et disséminatoire). Le travail en équipe ou en petit groupe, lié aux pédagogies nouvelles, permet de sortir l’élève de son isolement, tandis que le travail de recherche, rendu possible par les technologies de l’information, lui permet de se déployer dans le monde du savoir.

Si elle veut limiter les effets pathogènes, l’école doit donc intégrer les modes qui permettent à l’enfant de se structurer. Il ne s’agit pas pour l’école de passer d’un mode héroïque à un mode festif. Il s’agirait davantage d’intégrer d’autres formes de reconnaissance que la seule performance scolaire. Nous en sommes encore loin.

 

 

 

DURAND, (G.) Les Structures anthropologiques de l’imaginaire. Dunod, 1984

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