Ethnologues en herbe et Education prioritaire

Publié le par ethnoeduc

Pratiques : Carnets de voyage dans les quartiers du 18ème

Depuis plusieurs années, un Réseau d’Education Prioritaire mène dans le 18ème arrondissement de Paris des ateliers d’écriture avec des élèves d’élémentaire et de collège. En effet, l’écriture a ceci de particulier qu’elle permet un réinvestissement créatif des contraintes de l’écrit apprises ou découvertes en classe. Le protocole a été chaque année sensiblement reconduit. Une première étape est consacrée à la sensibilisation à une forme spécifique d’écrit et/ou d’écriture. La seconde fait intervenir dans le cadre d’un partenariat associatif un professionnel de l’écriture (conteur, poète…). Consacré la première année aux contes urbains, la seconde à la forme poétique « haïku », le chantier a été cette année l’occasion de découvrir une forme spécifique du carnet de recherche qu’est le carnet d’ethnologue et plus généralement le « carnet de voyages ». Le choix d’une action centrée sur l’"ethnologie de proximité" permet aux élèves une re-découverte en même temps qu’une réappropriation de leur environnement proche. Elle convoque un regard nouveau qui met en jeu une dimension réflexive dans la mesure où les ethnologues en herbe étudient leur propre société.

La composition d’un carnet personnel et nécessairement singulier convoque chez l’élève le passage de l’ « impression » à l’ « expression », stimule sa capacité à restituer ce qu’il observe en permettant la mise en actes de différents types d’écriture : explicatif, descriptif, narratif, …. La mise en ligne de textes rédigés par les élèves sur le site « Ethnokids » donne une visibilité au travail accompli et permet que se crée un corpus descriptif.  

   

Présentation : 6 classes du Rep se sont engagées dans cette action : 1 CE1, 2 CE2, 1 CM1/CM2, 1 6ème. Il s’agissait pour les élèves d’observer des pratiques quotidiennes, de raconter des épisodes ou des expériences de la vie courante tels qu'ils les vivent ou tels qu’ils sont relatés par des habitants du quartier, d’autres élèves de l’école, des membres de la famille, etc. Trois séances au minimum sont conduites avec un ethnologue de l'association Ethnologues en herbe. Un groupe de travail associant les enseignants d’élémentaire et de collège engagés dans le projet, la conseillère pédagogique, le coordonnateur REP et les intervenants permet de réguler le projet tout au long de l’année.

Activités

L'enquête ethnographique

 

 

ü       Ethnographie d’un quartier. Pourquoi, comment ?

L’enquête ethnographique apprend aux jeunes participants à percevoir leur environnement, en se débarrassant de certains clichés, préjugés ou stéréotypes. En même temps, par la confrontation avec les résultats d’enquêtes d’ethnologues en herbe dans d’autres villes, sur d’autres continents, elle initie les jeunes à une perception de la diversité des cultures dans la vie quotidienne.
Le support de base de cette enquête est le Carnet d'ethnologue en herbe. On partira soit du quartier où habitent les élèves et de ce que nous appelons le périmètre de curiosité, soit d’une zone définie autour de l’établissement scolaire. Un protocole de visite peut être préparé ainsi que des questionnaires destinés aux commerçants.

  ü       Ethnographie des commerces : pistes d'observation

Elle consiste par exemple à établir un inventaire assorti de brèves descriptions des commerces d'un quartier. On sera attentif à noter dans le Carnet d'ethnologue en herbe l'ambiance qui se dégage des différents lieux parcourus, à les décrire de façon exhaustive et à noter les échanges même informels.

 ü       Ethnographie de l'habitat : pistes d'observation

Dans le thème "Ma maison", les élèves participant au site « ethnokids » sont invités à mener une brève enquête ethnographique dans leur propre logement : immeuble, maison, chambre, etc. Si ce thème suscite une réticence de la part des élèves, s'il est ressenti comme une percée dans l'intimité familiale, on peut proposer aux élèves, quand ils habitent un immeuble par exemple ou une cité, d'interroger d'autres habitants. On peut aussi demander aux ethnologues en herbe de décrire un moment où ils sont en visite chez un parent, un voisin, un ami. Afin de rester en dehors du registre intime, on peut aborder la description de l'habitat depuis l'extérieur. Certains « monuments » du quartier vont également être identifiés (pour le quartier Simplon, la piscine des Amiraux, classée monument historique, et l’immeuble social en terrasses réalisés par H. Sauvage).

Le carnet d'ethnologue en herbe

 

> Le carnet de voyage est le principal support de l’enquête ethnographique. Ce "Journal de terrain" permet le recueil des notes de l’enquête, les observations saisies sur le vif de la réalité sociale, culturelle et sur l’environnement matériel du terrain d’enquête. Il est généralement enrichi de photos, croquis, dessins ou encore schémas géographiques. Il se double d’une réflexion personnelle permettant de prendre une distance critique par rapport à l’ensemble des notes.

> Le Carnet d'ethnologue en herbe convoque presque tous les types d’écritures ou de discours : discours explicatif afin de restituer le plus fidèlement possible la réalité, discours descriptif restitue la réalité en mettant en évidence le point de vue de l'auteur, discours narratif où l’auteur relate les événements observés en les situant dans le temps.

> Le Carnet peut accueillir de nombreuses formes d'écritures dont il est intéressant de présenter une panoplie aux élèves : des notes prises sur le vif à la première personne du singulier, au présent ou au passé (fiches, listes de lieux, de choses, etc.), des énoncés ancrés dans la situation d’énonciation, des indices pour rendre repérable la situation d’énonciation, des indices de temps, des indices de lieux, de personnes, une marque personnelle de l’écriture, la réflexion personnelle où l’auteur met en évidence son point de vue en utilisant la première personne du singulier, l’écriture poétique, les légendes et commentaires de photos, croquis et dessins réalisés par l’auteur.

Les écritures de l'ethnologie

 
Les ateliers "Jeunes ethnologues" donnent une place importante à l'écriture. Certains écrivains pourraient facilement se présenter comme des ethnologues. Michel Leiris conjugue ces deux activités qui sont, pour lui, les deux faces d’une même recherche anthropologique qui consiste, selon lui, à "accroître la connaissance de l’homme, tant par la voie subjective de l’autobiographie et de l’expérience poétique, que par la voie moins personnelle de l’étude ethnographique".

  Constats

Les acquis des élèves à l'issue de ce travail ethnographique se remarquent plus particulièrement dans leurs capacités à mettre en réseau différents types d'informations, à organiser et analyser les éléments (croquis, notes, photographies) recueillis sur le quartier et à restituer, communiquer et faire partager une expérience. L'investissement dans le projet et l'écriture du carnet de bord suscitent des productions d'écrits importantes et la reprise en classe d'un point de vue disciplinaire des questions soulevées lors des observations ou des échanges permet de donner du sens à nombre d'apprentissages scolaires.

  Le site d'ethnokids : http://www.ethnokids.net  

 Compétences recherchées (cycle des approfondissements) :

 - participer à la rédaction d’un protocole de visite

 - participer au compte rendu d’une enquête ou d’une visite- élaborer et écrire un récit de parcours d’au moins une vingtaine de lignes, avec ou sans support, en respectant les contraintes orthographiques, syntaxiques, lexicales et de présentation.

 

 

 

 

 

Publié dans ethnopédagogie

Commenter cet article

Thierry Pardo 31/05/2011 14:24


Bonjour,
Simplement vous signaler pour vos références mon ouvrage de 2002 Héritages Buissonniers, éléments d'ethnopédagogie pour l'éducation relative à l'environnement. Peut-être pourra-t-il contribuer à
votre réflexion
Cordialement


Ethnoeduc 23/10/2011 19:37



Merci de votre message.Effectivement,  la sortie de ce livre ne m'est pas passé inaperçue. Nous nous réjouissons qu'un ouvrage aborde ce thème. Par contre je n'ai pas encore eu le temps de
me le procurer.


Bien cordialement,


 


Jean-Michel Le Bail