Famille et individu : de la parenté biologique à la parenté sociale

Publié le par ethnoeduc

La parentalité ne cesse d'être réinterrogée dans ces différentes composantes. La notion de personne "tierce" développée dans l'article de Maurice Godelier nous intéresse à plus d'un titre. Elle permet notamment de sortir de la relation soi-disant binaire parents-enfants et de nous rappeler que toute éducation est nécessairement partagée.

Un article de Maurice Godelier publié dans le journal « La gazelle » vient opportunément reposer la question de l’évolution des formes d’autorité au sein de la famille dans les sociétés modernes. Au moment où certains évoquent une crise de la famille, voire une crise de la légitimité (J-P. Lebrun, 2007), il devient urgent pour l’anthropologie d’enrichir le débat sur ces questions.

Le système de parenté tel qu’il existe en Occident n’a rien d’universel. Sa légitimité était encore largement fondée il y a quelques années sur l’idée chrétienne du mariage envisagé comme un sacrement. Mais l’irruption de nouvelles formes de parenté (union libre, adoption, FIV, mono et homoparentalité) est venue bouleverser les repères traditionnels en remettant en question la notion même de famille. Une distinction semble s’instaurer clairement aujourd’hui entre parenté sociale et parenté biologique, même si l’on sait que de tous temps les adultes qui ont élevé les enfants n’étaient pas forcément leurs parents biologiques, mais leurs tantes, leurs sœurs ou des nourrices. De fait l’enfant est à la confluence de réalités sociales qui dépassent largement la sphère familiale.

Dans les sociétés traditionnelles, c’est souvent un tiers qui transforme le fœtus en enfant : un dieu, un astre, un élément, un animal totémique ou un ancêtre. Dans la tradition chrétienne, c’est Dieu  qui donne au futur enfant à naître une âme, qu’il ne doit ni à son père, ni à sa mère.

Dans la société actuelle, individualiste, on assiste aujourd’hui à une (sur ?)valorisation de l’enfant et de l’adolescent. Le désir moderne d’enfant n’a plus rien à voir avec le désir traditionnel qui voyait dans la nouvelle génération un potentiel de travail et une possibilité de transmission des biens.

 

La fonction parentale a-t-elle pour autant évolué ? Maurice Godelier rappelle les sept fonctions sociales liées à la parenté : engendrer ; nourrir, soigner et protéger ; éduquer ; être responsable ; doter d’un statut social et transmettre des biens ; exercer l’autorité et faire respecter les interdits sexuels. Une grande partie de celles-ci continue à être transmise dans le cadre de la famille moderne. Mais la question de la revendication par les homosexuels de l’homoparentalité montre que la société est en train d’évoluer sur ces sujets, et ne pourra pas échapper à une reconnaissance des droits revendiqués, du fait de l’extension de la parenté sociale.

 

De même, l’autorité paternelle a eu tendance à évoluer vers l’autorité parentale, et cette évolution n’est pas sans conséquence sur la structuration familiale. Liée à l’évolution de la société, elle est rendue nécessaire par la demande d’égalité des rôles sociaux des hommes et des femmes. Néanmoins, ceci suppose l’invention de nouvelles formes d’interactions relationnelles avec les enfants.

Il ne faudrait pas pour autant donner à croire que ces évolutions tendent à fragiliser la famille et donc la société. Les liens de parenté, s’ils sont essentiels dans la structuration et la maturation de l’enfant et de son imaginaire, ne sont pas pour autant les seuls liens de dépendance entre les membres d’une société. Le sentiment d’appartenance se crée essentiellement à la fin de l’adolescence autour des rapports politiques, éthiques, professionnels et/ou religieux qui englobent et dépassent largement la structure parentale.

La société qui rassemble les différents groupes sociaux est organisée de façon à ce qu’ils puissent exercer une souveraineté dans un champ et sur un territoire déterminé, en se représentant eux-mêmes « le tout qu’ils forment » et le mode d’action qui est le leur. Mais si l’individu semble aujourd’hui  vouloir davantage « se servir de » que « servir » la société dans laquelle il évolue, de nouvelles formes de solidarité face à la pauvreté, l’exclusion ou la défense de l’environnement pourraient bien émerger à moyen terme, preuve que l’individu ne peut pas tout régler.

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