ethnopédagogie

Mardi 16 octobre 2007

Pratiques : Carnets de voyage dans les quartiers du 18ème

Depuis plusieurs années, un Réseau d’Education Prioritaire mène dans le 18ème arrondissement de Paris des ateliers d’écriture avec des élèves d’élémentaire et de collège. En effet, l’écriture a ceci de particulier qu’elle permet un réinvestissement créatif des contraintes de l’écrit apprises ou découvertes en classe. Le protocole a été chaque année sensiblement reconduit. Une première étape est consacrée à la sensibilisation à une forme spécifique d’écrit et/ou d’écriture. La seconde fait intervenir dans le cadre d’un partenariat associatif un professionnel de l’écriture (conteur, poète…). Consacré la première année aux contes urbains, la seconde à la forme poétique « haïku », le chantier a été cette année l’occasion de découvrir une forme spécifique du carnet de recherche qu’est le carnet d’ethnologue et plus généralement le « carnet de voyages ». Le choix d’une action centrée sur l’"ethnologie de proximité" permet aux élèves une re-découverte en même temps qu’une réappropriation de leur environnement proche. Elle convoque un regard nouveau qui met en jeu une dimension réflexive dans la mesure où les ethnologues en herbe étudient leur propre société.

La composition d’un carnet personnel et nécessairement singulier convoque chez l’élève le passage de l’ « impression » à l’ « expression », stimule sa capacité à restituer ce qu’il observe en permettant la mise en actes de différents types d’écriture : explicatif, descriptif, narratif, …. La mise en ligne de textes rédigés par les élèves sur le site « Ethnokids » donne une visibilité au travail accompli et permet que se crée un corpus descriptif.  

   

Présentation : 6 classes du Rep se sont engagées dans cette action : 1 CE1, 2 CE2, 1 CM1/CM2, 1 6ème. Il s’agissait pour les élèves d’observer des pratiques quotidiennes, de raconter des épisodes ou des expériences de la vie courante tels qu'ils les vivent ou tels qu’ils sont relatés par des habitants du quartier, d’autres élèves de l’école, des membres de la famille, etc. Trois séances au minimum sont conduites avec un ethnologue de l'association Ethnologues en herbe. Un groupe de travail associant les enseignants d’élémentaire et de collège engagés dans le projet, la conseillère pédagogique, le coordonnateur REP et les intervenants permet de réguler le projet tout au long de l’année.

Activités

L'enquête ethnographique

 

 

ü       Ethnographie d’un quartier. Pourquoi, comment ?

L’enquête ethnographique apprend aux jeunes participants à percevoir leur environnement, en se débarrassant de certains clichés, préjugés ou stéréotypes. En même temps, par la confrontation avec les résultats d’enquêtes d’ethnologues en herbe dans d’autres villes, sur d’autres continents, elle initie les jeunes à une perception de la diversité des cultures dans la vie quotidienne.
Le support de base de cette enquête est le Carnet d'ethnologue en herbe. On partira soit du quartier où habitent les élèves et de ce que nous appelons le périmètre de curiosité, soit d’une zone définie autour de l’établissement scolaire. Un protocole de visite peut être préparé ainsi que des questionnaires destinés aux commerçants.

  ü       Ethnographie des commerces : pistes d'observation

Elle consiste par exemple à établir un inventaire assorti de brèves descriptions des commerces d'un quartier. On sera attentif à noter dans le Carnet d'ethnologue en herbe l'ambiance qui se dégage des différents lieux parcourus, à les décrire de façon exhaustive et à noter les échanges même informels.

 ü       Ethnographie de l'habitat : pistes d'observation

Dans le thème "Ma maison", les élèves participant au site « ethnokids » sont invités à mener une brève enquête ethnographique dans leur propre logement : immeuble, maison, chambre, etc. Si ce thème suscite une réticence de la part des élèves, s'il est ressenti comme une percée dans l'intimité familiale, on peut proposer aux élèves, quand ils habitent un immeuble par exemple ou une cité, d'interroger d'autres habitants. On peut aussi demander aux ethnologues en herbe de décrire un moment où ils sont en visite chez un parent, un voisin, un ami. Afin de rester en dehors du registre intime, on peut aborder la description de l'habitat depuis l'extérieur. Certains « monuments » du quartier vont également être identifiés (pour le quartier Simplon, la piscine des Amiraux, classée monument historique, et l’immeuble social en terrasses réalisés par H. Sauvage).

Le carnet d'ethnologue en herbe

 

> Le carnet de voyage est le principal support de l’enquête ethnographique. Ce "Journal de terrain" permet le recueil des notes de l’enquête, les observations saisies sur le vif de la réalité sociale, culturelle et sur l’environnement matériel du terrain d’enquête. Il est généralement enrichi de photos, croquis, dessins ou encore schémas géographiques. Il se double d’une réflexion personnelle permettant de prendre une distance critique par rapport à l’ensemble des notes.

> Le Carnet d'ethnologue en herbe convoque presque tous les types d’écritures ou de discours : discours explicatif afin de restituer le plus fidèlement possible la réalité, discours descriptif restitue la réalité en mettant en évidence le point de vue de l'auteur, discours narratif où l’auteur relate les événements observés en les situant dans le temps.

> Le Carnet peut accueillir de nombreuses formes d'écritures dont il est intéressant de présenter une panoplie aux élèves : des notes prises sur le vif à la première personne du singulier, au présent ou au passé (fiches, listes de lieux, de choses, etc.), des énoncés ancrés dans la situation d’énonciation, des indices pour rendre repérable la situation d’énonciation, des indices de temps, des indices de lieux, de personnes, une marque personnelle de l’écriture, la réflexion personnelle où l’auteur met en évidence son point de vue en utilisant la première personne du singulier, l’écriture poétique, les légendes et commentaires de photos, croquis et dessins réalisés par l’auteur.

Les écritures de l'ethnologie

 
Les ateliers "Jeunes ethnologues" donnent une place importante à l'écriture. Certains écrivains pourraient facilement se présenter comme des ethnologues. Michel Leiris conjugue ces deux activités qui sont, pour lui, les deux faces d’une même recherche anthropologique qui consiste, selon lui, à "accroître la connaissance de l’homme, tant par la voie subjective de l’autobiographie et de l’expérience poétique, que par la voie moins personnelle de l’étude ethnographique".

  Constats

Les acquis des élèves à l'issue de ce travail ethnographique se remarquent plus particulièrement dans leurs capacités à mettre en réseau différents types d'informations, à organiser et analyser les éléments (croquis, notes, photographies) recueillis sur le quartier et à restituer, communiquer et faire partager une expérience. L'investissement dans le projet et l'écriture du carnet de bord suscitent des productions d'écrits importantes et la reprise en classe d'un point de vue disciplinaire des questions soulevées lors des observations ou des échanges permet de donner du sens à nombre d'apprentissages scolaires.

  Le site d'ethnokids : http://www.ethnokids.net  

 Compétences recherchées (cycle des approfondissements) :

 - participer à la rédaction d’un protocole de visite

 - participer au compte rendu d’une enquête ou d’une visite- élaborer et écrire un récit de parcours d’au moins une vingtaine de lignes, avec ou sans support, en respectant les contraintes orthographiques, syntaxiques, lexicales et de présentation.

 

 

 

 

 

Par ethnoeduc
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Dimanche 9 mars 2008

Il est clair que le concept d’ethnopédagogie demande à être plus clairement défini, notamment par rapport à d’autres concepts qui pourraient s’en rapprocher, tels que socio-pédagogie ou psycho-pédagogie, mais aussi du fait que le terme est fréquemment employé pour définir des pratiques pédagogiques de découverte du milieu naturel. L'ethnopédagogie ne saurait se limiter à cela.

 

L’ethnopédagogie est encore suffisamment récente dans ses tentatives de modélisation théorique pour que nous puissions réfléchir à ce qui la constitue, tant il est vrai que l’agrégat de pratiques plus ou moins innovantes dont elle se réclame ne constitue pas pour l’instant un socle suffisamment solide et étayé pour pouvoir en circonscrire le champ et les limites.

 

Cette contribution se veut donc essentiellement prospective et nous nous proposons de recenser un certain nombre d’initiatives qui nous semblent relever de cette démarche. Aux lecteurs internautes de réagir et éventuellement de compléter cette première vision exploratoire.

 

Dans mon travail de thèse, j’ai été amené à décrire certaines pratiques comme susceptibles de restaurer chez l’enfant de milieu populaire, défavorisé et/ou en difficulté scolaire, un intérêt pour les contenus d’apprentissage. Que l’on fasse appel aux dénominations de pédagogies du sens, du projet, pédagogies existentielles, ou ethnopédagogies importe finalement assez peu, encore que ces termes puissent faire appel à des présupposés théoriques parfois divergents (notamment pédagogie de projet, qui n’est pas forcément une pédagogie du sens).

Ce qui compte pour nous, c’est d’en appeler à des pratiques visant à resituer les contenus d’apprentissage dans un ensemble plus global qui est celui de la culture et de la citoyenneté auquel les enfants appartiennent.

Ceci présuppose qu’il y ait bien une culture commune à construire, mais nous ajouterons immédiatement que cette culture ne peut pas être imposée de l’extérieur, qu’elle nécessite forcément un dialogue – plutôt qu’une négociation (Tobie Nathan) – entre le milieu familial et le milieu scolaire. En ce sens, l’ethnopédagogie est davantage méta-culturelle (Georges Devereux) qu’inter-culturelle. Autrement dit, le savoir et la citoyenneté s’élaborent de conserve, jamais l’un sans l’autre et il semblerait que certaines pratiques pédagogiques soient plus aptes à faire émerger cette co-construction.

 

C’est plus particulièrement celles-ci que nous décrirons comme relevant de l’ethnopédagogie.

 
Ajoutons pour clarifier notre propos que ce qui caractérise les parents des milieux favorisés est justement cette proximité entre la culture scolaire et la culture familiale, proximité dont nous savons aujourd’hui qu’elle est un élément déterminant dans la réussite scolaire de leurs enfants.

 

Nous pouvons citer par ailleurs les études récentes menées sur les élèves scolarisés en ZEP qui montrent qu’une grande partie d’entre eux présente un profil que nous pouvons qualifier de stéréotypé dans les apprentissages scolaires – stéréotypie scolaire par si éloignée d’ailleurs de la rigidité cognitive rencontrée chez les élèves en grande difficulté scolaire. On peut donc en déduire que l’école fonctionne pour ces élèves sur un modèle essentiellement hétéro-structurant (Louis Not) et que ces derniers n’ont pas la capacité par eux-mêmes de s’approprier les modalités d’auto-apprentissage qui caractérisent le fonctionnement des élèves en situation de réussite. La plupart des élèves de ZEP semblent tout attendre de l’enseignant et chercher, par des comportements de stéréotypie (écouter, être sage) à se conformer au mieux à ses attentes. Ces enfants vivent donc le savoir scolaire sur le mode de la dépendance affective à l’égard du maître et se retrouvent extrêmement dépourvus à l’arrivée au collège lorsque l’offre éducative se complexifie et que les stratégies de survie développées à l’école primaire ne permettent plus d’échapper à la demande institutionnelle (apprendre, réfléchir, analyser, restituer…).

 

Ces éléments montrent qu’au-delà des dispositifs mis en place (renforcement pédagogique, baisse des effectifs, moyens supplémentaires) dont l’efficacité est aujourd’hui mise en doute, c’est avant tout d’une autre approche pédagogique que ces élèves ont besoin, et cela sans que les exigences en termes de savoir ne soient revues à la baisse afin de favoriser l’accès à la vie active (cf. le système dual que semble prôner M. Messerschmitt et qui consiste à créer deux écoles, l’école « professionnalisante » des pauvres et l’école « qualifiante »des riches).

On peut notamment se poser la question de l’efficacité d’une formation initiale dispensée aux futurs enseignants dans des établissements favorisés, ce qui contribue largement à accréditer l’idée que l’enseignement en ZEP relève de conditions spécifiques alors qu’il est le cœur même du système éducatif et j’ose encore le croire sa raison d’être.

 

Enfin, pour permettre de différencier plus clairement l’ethno-pédagogie de la socio-pédagogie ou de la psycho-pédagogie, nous ajouterons les éléments suivants.

 

à La socio-pédagogie prône parfois l’utilisation d’une pédagogie plus experte pour les élèves de milieu populaire. Nous faisons le pari que le problème est moins de rendre les enseignants meilleurs didacticiens que les élèves plus actifs et davantage conscients des démarches.

 

à La psycho-pédagogie mise sur une meilleure prise en compte des éléments individuels et familiaux à l’école. Nous faisons le pari que tout enfant, quelle que soit sa position socio-éducative est suffisamment mur et prêt à apprendre si les contenus des apprentissages réalisés lui permettent de donner sens à la réalité quotidienne.


Quelques activités à caractère ethnopédagogique (liste non exhaustive)

 

Types d’activité

Enjeux en termes d’apprentissage et de citoyenneté

Classes de découverte, classes de nature

décrire et découvrir un environnement différent ; se confronter à d’autres modes de vie

Chantiers historiques et archéologiques, classes musée

Voyages et échanges scolaires

Découverte des quartiers ; le sien et d’autres(Ethnokids)

Journaux scolaires et pédagogies de type Freinet

(se) raconter, communiquer, mettre en page, éditer, diffuser

Activités poétiques et théâtrales ; travail sur les contes, création littéraire, ateliers d’écriture

découvrir, raconter des ouvrages de fiction. Constituer une culture commune

Débat philosophique

s’exprimer, confronter des points de vue différents, argumenter. Découvrir la multitude de points de vue, être tolérant

Activités de recherche et de documentation

aller chercher le savoir ailleurs que dans la classe

Pédagogie en ZEP :

initiation à l’image (fixe, animée) et au spectacle vivant

 

Le projet n’implique pas forcément une participation active des élèves. D’ailleurs qui l’a défini ? Généralement l’enseignant, le conseiller pédagogique ou l’inspecteur. En revanche, il existe une dimension existentielle dans la pédagogie de projet, notamment par sa capacité à faire intervenir des acteurs extérieurs et non pédagogues dans le champ de la transmission (éducation populaire).

Par ethnoeduc
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Jean-Michel Le Bail
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