E T H N O E D U
C
Ethnopédagogie et ethnologie de l'éducation
A présent que nous avons remarqué que pour nombre d’enfants présentant des résistances d’apprentissage le facteur culturel ne pouvait être systématiquement invoqué, est-ce à dire que l’ethnologie n’a plus rien à dire sur ces enfants et qu’elle les laisse à la psychologie ? Certainement pas. La problématique existentielle d’apprentissage met en jeu des éléments qui dépassent le cadre strict de la culture pour englober le champ plus vaste de l’identité, qui, il est vrai, n’est pas un domaine aisé à circonscrire[4]. C’est la raison pour laquelle, il nous faudra sans doute quitter l’ethnos pour aborder anthropos[5].
L'anthropologie sociale et culturelle, qui se distingue de l’anthropologie physique, étudie la vie des sociétés humaines, présentes et passées, les évolutions de leurs langues, des croyances et des pratiques sociales. L'objet général de l'anthropologie est de faire de l'Homme et de toutes les dimensions de la vie humaine l'objet d'un savoir positif. Elle est devenue un champ de recherche spécifique vers le milieu du XIXème siècle. C’est à cette époque que Lewis Henry MORGAN (1818 – 1881) commence un travail de recherche systématique sur les Indiens iroquois. L'autre fondateur de cette discipline, l'ethnologue britannique Edward Burnett TYLOR (1832 – 1917), élabore une théorie de l'évolution de l'Homme plus spécialement axée sur les origines de la religion et met l'accent sur une méthode comparative dans l'exploitation des données ethnographiques. TYLOR, MORGAN et leurs contemporains insistèrent sur la rationalité des cultures humaines et sur leur nature essentiellement évolutive. TYLOR en viendra plus tard à la théorie dite de l’évolution culturelle, théorie qui sera utilisée par certains pour justifier le colonialisme et la prétendue supériorité de la race blanche (cf. en France la théorie de l’inégalité des races humaines du comte Joseph Arthur de GOBINEAU (1816 – 1882). Pour MORGAN, les sociétés humaines pouvaient se définir selon trois niveaux successifs du développement technique et culturel : l’état « sauvage » des sociétés dites primitives, l’état « barbare », caractérisé par la domestication des animaux et un début d’agriculture, l’état « civilisé » enfin, dont la transmission des techniques et des codes sont assurés par une langue écrite. La théorie évolutionniste a été aujourd’hui lourdement contestée mais elle continue malgré tout d’alimenter des recherches comme celles de la supériorité de l’intelligence des Blancs sur les autres ethnies.
[1] Cf. Roselyne REY, Histoire de la douleur, Ed. La Découverte, 1993.
[2] Ce dernier aspect de la pensée platonicienne n’est pas sans rappeler les mythes amazoniens « négativistes » qui placent la sagesse de l’homme dans le passé.
[3] CONDILLAC, Traité des sensations, Libr. Fayard, (1754), 1984. « Ses propres sensations deviennent donc les qualités des objets » (p. 127)
[4] Il est d’ailleurs largement remis en question par des anthropologues comme François LAPLANTINE.
[5] Rappelons que le terme « anthropologie » créé en 1516 par J. BOUCHET est défini comme « l’étude philosophique de l’homme ».
[6] Georges DEVEREUX, fondateur de l’ethnopsychiatrie, réfute totalement ces analyses et pense que le complexe d’Œdipe s’il peut prendre des formes différentes selon les cultures, est néanmoins universel.
[8] Ralph LINTON, Le Fondement culturel de la personnalité, Dunod, (1945), 1986, p. 114-115
[PB1]Si plan initial maintenu voir rebut P3