Un objet paradoxal de connaissance : l'idiot

     L’inéduqué

       Avant même d’avoir été considéré comme un « arriéré », l’inadapté a d’abord été appréhendé comme un « idiot ».

       Mais qu’est-ce qu’un idiot ? Et que signifie être « idiot » ? A cette question, les différentes cultures n’ont pas toujours répondu de la même manière.

       Dans la Grèce antique, idiotes, renvoie à la condition de simple particulier par opposition à celui qui est spécialiste ou à l’homme public. A Rome, il a essentiellement valeur d’adjectif et qualifie « l’homme qui n’est pas connaisseur », l’ignorant ou bien « l’homme sans éducation ». L’idiot antique est donc un homme sans fonction, sans connaissance propre et par conséquent sans identité, car non-initié[1].

       A partir du Moyen Age, le terme, curieusement, n’apparaît plus qu’au féminin : idiote. Vers 1225, par extension, il s’applique à une « personne qui manque d’intelligence, de bon sens », d’où l’emploi strictement adjectival en parlant d’actes, de faits ou de comportements.

       L’emploi substantif, à partir de 1283, donne lieu à des locutions comme « faire l’idiot » et à des appellatifs injurieux. Idiot prend vers le milieu du XVIIème siècle (1660, RETZ) la valeur de « personne d’un niveau intellectuel anormalement bas » (comme innocent, simple) puis dans le domaine médical  (1690) « personne atteinte de l’état le plus grave d’arriération mentale (en termes modernes débile profond). Le mot entre alors en concurrence partielle – surtout dans l’usage courant – avec imbécile et crétin.

       Dans le verbe populaire, on dénote un nombre important d’expressions courantes liées à l’idiotie. Le terme lui-même compte de nombreux synonymes tels que nigaud, niais, jobard, couillon dont les langues régionales et autres patois viennent grossir le nombre. En bourbonnais, on parle de bredin, dans le Midi, de fada ou de jobastre. Parmi les saints guérisseurs, certains se font d’ailleurs une spécialité des maladies mentales, comme le Saint-Menoux (dans l’Allier) du roman de René FALLET[2]

        « L’acte idiot » lui-même est qualifié suivant les régions de crétinerie, nigauderie, jobarderie, connerie. Le « discours » absurde est une ânerie, une fadaise, une ineptie. L’idiot est appelé aussi bien arriéré que demeuré, simple ou pauvre d’esprit, bon à rien, propre à rien, incapable, abruti - de façon plus imagée emplâtre ou ganache. Il a du fromage blanc à la place du cerveau, ou sous la casquette, n’a pas de plomb dans la cervelle, n’a pas inventé la poudre, l’eau tiède, le fil à couper le beurre, en tient une couche, n’est pas aidé, n’est pas une flèche, est bouché, dur à la détente, bête à manger du foin, comme ses pieds, con comme un balai, comme la lune, il raisonne comme un coffre, comme un tambour, comme une pantoufle, pour ne citer que les expressions les plus courantes. Morphologiquement, il apparaît comme un être privé de tête – acéphale – ou dont la tête a été remplacé par un objet creux et sonore, généralement un pot, un coffre, un tambour – avec la possibilité de jouer sur les mots « résonner » et « raisonner ». La substitution par du fromage blanc renvoie à la même idée d’un cerveau inopérant et flasque, d’une mollesse de l’âme, d’un personnage lunaire, passif et naïf, dont on abuse facilement.

       Par ailleurs l’étymologie est commune avec les substantifs idiotisme et idiosyncrasie, le premier désignant les particularités d’une langue, le second évoquant, en psychologie, la tendance du sujet à reproduire les mêmes types de comportements. La racine idios évoque l’état d’isolement du sujet, sa particularité parmi ses semblables en même temps que son incapacité à en adopter les attitudes. A partir du XVIIIème siècle, on trouve d’ailleurs davantage de tentatives d’objectiver l’idiot dans le domaine juridique que dans le domaine médical. Dans le dictionnaire de Trévoux de 1752, on apprend que « imbecille » se dit d’un homme qui ne sait que sa langue maternelle, qui ne sait pas lire ou qui ne sait pas compter jusqu'à vingt deniers. Il se dit encore « des esprits faibles en toutes sortes d’âges, des idiots, des sots, des innocents. Mentis inops. Si un imbecille est absolument privé de sens et de raison, il ne peut tester ; quelques jurisconsultes soutiennent qu’un imbecille peut disposer de ses biens pourvu qu’il ait plus de jugement qu’un enfant de quatorze ans. On donne des curateurs aux imbecilles aussi bien qu’aux furieux. Un imbecille n’est pas absolument privé de la droite raison ; mais il en a dans un degré de médiocrité qui approche de la faiblesse de l’enfance. »

       Ce sera PINEL, médecin aliéniste (voir infra, ch. 1.3) qui en 1813 généralisera l’usage du terme « idiotisme » aux dépens du terme latin amentia que François BOISIER DE SAUVAGES définissait dans sa Nosologie méthodique comme une « maladie qui trouble la raison et le jugement ». Ce dernier distinguait pour sa part douze types de démences :

1. amentia senilis : état d’enfance, radoterie, sénilité

2. amentia serosa : hydrocéphalie

3. amentia a venenis : liée à une maladie vénérienne

4. amentia a tumore : liée à une tumeur

5. amentia de hydratibus : kyste hydratique cérébral

6. amentia microcephalia : microcéphalie

7. amentia ex siccitate : sécheresse du cerveau[3]

8. amentia morosis : stupidité, bêtise, mélancolie

9. amentia ab ictu : liée à un traumatisme

10. amentia quartana : causée par une fièvre quarte

11. amentia rachialgica : démence rachialgique

12. calculosa : liée à un calcul situé dans la glande pinéale.

 

       L’idiotie, plus encore que la maladie, stigmatise celui qui en est affecté au point d’en devenir la composante principale de son identité. Autrefois, l’enfant idiot, moqué par les autres enfants, ses pairs non affligés, ne tardait pas à devenir « l’idiot » tout court, celui du village. Celui qui, par essence, était considéré comme idiot occupait donc une place particulière, socialement signifiante, qui lui était assignée par le groupe. « L’idiot » par le simple truchement de l’article défini, acquérait par la reconnaissance de son idiotie une fonction sociale particulière, qui lui donnait certains devoirs – s’acquitter des basses tâches – en même temps qu’elle le privait de certains droits élémentaires – être autonome, fonder une famille. Cette place, étant signifiée par le groupe, lui donnait une identité certaine bien que restreinte.

       Dans les villages des Alpes, le crétin est un personnage essentiel de la vie locale. Il est celui qui, ayant attiré les malheurs sur lui, en préserve les autres. C’est donc un personnage conjuratoire. En même temps, on lui reconnaît le statut de l’innocent, de l’adulte resté à l’état d’enfance. Le corps de l’idiot devient mature, mais pas son esprit. Une situation qui le place du côté de l’enfant pour ce qui est du raisonnement, mais du côté de l’adulte pour ce qui est du corps et des pulsions. Mais, si l’idiotie a une fonction et une reconnaissance dans le corps social, sa place est moins évidente au sein même de sa famille. L’idiot est un « bon à rien » que l’on ne peut employer que pour des travaux subalternes. En cela, on peut dire qu’il échappe à la réduction fonctionnaliste qui assigne aux hommes et aux femmes des tâches et des devoirs. Cet aspect contribue d’ailleurs à le rapprocher du monde de l’enfance et des esprits, c’est-à-dire des êtres non actants. En Afrique l’enfant Nit Ku Bon, est souvent évité car proche du monde non visible[4]. On peut penser que la définition de l’idiot en milieu rural traditionnel procède d’un crainte analogue et vise à la faire reconnaître pour mieux s’en prémunir. Dans ce monde fondamentalement religieux, l’idiot a naturellement et culturellement sa place. Dieu l’a voulu ainsi et personne n’entend contester son « élection». Il est certes une charge pour sa famille[5], mais aussi un bienfait pour la collectivité, que son statut « d’innocent » contribue à protéger contre les influences néfastes. Par ailleurs ce statut lui permet de prétendre à des fonctions spirituelles supérieures. D’une certaine manière la déviance mène à une forme de reconnaissance sociale ultérieure.

       Mais dans la société productiviste de la fin du XIXème siècle, l’idiot devient de plus en plus un être « gênant », une erreur de fabrication, un « défaut » biologique et social que l’on ne peut plus tolérer, un être improductif et inutile qu’il faudra dans un premier temps « isoler », car son influence peut être néfaste ou perverse pour les autres. Il devient un marqueur négatif pour sa famille, dont il révèle les tares biologiques. A la fin du Médecin de campagne, l’idiot est envoyé à l’asile, laissant place au progrès incarné par « le bon docteur ».

 

      L’idiot et le fou, personnages « inversés » 

       Personnage complexe et paradoxal, l’idiot appartient symboliquement au monde « renversé » : il a la « tête à l’envers ». Le carnaval participe pleinement de ce retournement symbolique en lui faisant une large place, et ce dans pratiquement toutes les cultures carnavalesques. Déjà, dès le IIIème siècle av. J.-C., lors des Sacées, ces fêtes de juillet pendant lesquelles les hiérarchies sont tourneboulées, le roi babylonien prend le rôle du paysan et c’est souvent un « innocent » qui prend sa place. Selon le rite akkadien, on lui attribue même une « reine » vierge à déflorer [6] . Au bout de quelques jours, le souverain fictif est mis à mort « à la place du roi ». Le rite peut également avoir lieu lors d’un oracle de mort prononcé par un devin ou une éclipse de lune[7]. C’est que l’idiot, par son absence de visibilité sociale, appartient symboliquement au monde de l’obscur.

       A partir du XIIIème siècle, il entre en concurrence partielle avec le fou qui apparaît comme un personnage essentiel du carnaval. Il devient alors l’esventé, dont l’entonnoir inversé qui le coiffe laisse filer tout le bon sens. Deux siècles plus tard, il arbore toujours le coqueluchon, une cagoule surmontée d’une crête de coq à laquelle ne tarderont pas à s’ajouter de longues oreilles, une queue et des grelots. Il est souvent affublé d’un habit à rayures pour renforcer l’impression d’étrangeté.

       A la même époque, il est fait appel à l’âne pour renforcer la « bouffonade » et ce sont les sous-diacres ou inversement les diacres saouls qui introduisent l’animal lors du chœur consacré à l’épisode de la fuite en Egypte : « Hé Sire âne, chantez […] Vous aurez du foin assez. »[8]. L’âne, parfois surmonté d’une Marie peu virginale devient tête de cortège dans de nombreuses villes, notamment à Lille. Pour renforcer l’effet d’inversion, l’âne est souvent chevauché à rebours. A Rouen, c’est l’abbé qui doit chevaucher l’âne, accompagné de suppôts coiffés d’un bonnet de fou, pour pouvoir recevoir en latin de cuisine le titre d’abbas conardorum[9].

       A partir du XVème siècle, le sot ou « mat »[10] prend de plus en plus de place dans l’ordre carnavalesque. L’homme à la marotte ou au coqueluchon est un signe de ralliement pour les confréries joyeuses. Le farceur Pierre GRINGOIRE (1475-1539) écrit de nombreuses soties, notamment le Jeu du Prince des Sotz qui fut joué au théâtre des halles de Paris lors du mardi gras de l’année 1512. Les sociétés joyeuses elles-mêmes se réclament de la folie et de l’innocence : Enfants-sans-souci de Paris, compagnie de la Mère folle de Dijon, Gaillardous de Chalon-sur-Saône, abbaye des Conards de Rouen, abbaye de Malgouvern de Mâcon.

       Sébastien BRANT n’avait pas hésité dans La Nef des Fous publiée à Bâle le jour du carnaval de 1494 à associer folie et débauche dans un même regard pessimiste porté sur l’humanité. Dans les masques, il est d’ailleurs intéressant de constater que le Bufon est toujours orné d’un nez phallique pourvu d’une pendeloque à son extrémité[11].

       Grâce au carnaval, la folie apparaît comme une forme capable de remettre en cause les ordres sociaux et religieux. C’est à l’occasion du carnaval de 1529 que l’église réformée de Bâle parvient à imposer au Conseil de la ville le nouveau culte. C’est pourquoi il arrive que certains rois comme François Ier n’hésitent pas à emprisonner les basochiens et autres conards rouennais. C’est qu’il existe une force subversive à la « folie-idiotie » que les puissants ne peuvent pas toujours contrôler.

       A l’inverse, Jérôme BOSCH (1460-1516), dans son chef-d’œuvre la Nef des Fous, en vient à considérer le fou comme le seul homme sage, resté à l’écart des abus de la civilisation, thème qui sera repris par ERASME (1469-1536) dans son Eloge de la Folie.

 

     L’ « inéducable »

       En France, l'Histoire de l’idiotie appartient aussi à celle, plus large et plus complexe, de la déviance qui, pour l’essentiel, se constitue dans les six derniers siècles et commence avec les léproseries pour aboutir à la condamnation des asiles. Si aujourd'hui s'affirme une volonté d'intégration dans la société des handicapés mentaux, il ne faut pas négliger pour autant le poids des anciennes structures et les inflexions encore bien réelles qu'elles apportent à cette volonté.

       Pour simplifier, nous pouvons dire de l'attitude de la société d'antan qu'elle avait pour objectif de contrôler la déviance. Placés dans l'environnement religieux ou sorcier, les fous, comme les idiots, devaient trouver leur place dans une «société intégrée ». En fait, ce n’est que très tardivement – vers la fin du XIXème siècle – que seront distingués folie et retard mental. Cette différenciation se fera en grande partie à partir de l’étude des enfants. Jusqu'à cette époque, le contrôle de la déviance va s’effectuer essentiellement par l'institutionnalisation progressive de la folie. Puis viendra dans un deuxième temps l'institutionnalisation du handicap.

       Jusqu'au XIVème siècle, les fous comme les idiots sont assimilés à des possédés du diable. Les pratiques de guérison qui sont tentées le sont essentiellement par des prêtres (exorcistes) ou des guérisseurs. Deux phénomènes viennent se conjuguer : la fin des Croisades et le déclin du mal venu d'Orient, la lèpre. Les léproseries se vidant, le problème de l'utilisation de ces grandes bâtisses construites en rase campagne ou à la périphérie des villes (maladreries) [12] commence à se faire sentir. La perspective de licenciements massifs et la richesse accumulée en biens fonciers incitent le roi à maintenir ces structures. L’idée est donc de parquer en lieu et place des lépreux tous les indésirables, c'est-à-dire aussi bien les prostituées que les délinquants, les opposants politiques et les fous[13]. C'est ce que Michel FOUCAULT appelle « le grand renfermement hors de la ville ».

       Pendant ce que l’on peut appeler « la Préhistoire de la psychiatrie », la notion d'arriération va progressivement se substituer à celle de possession, l'idée d'une maladie de l'esprit apparaissant parallèlement à celle de maladie du corps. C'est donc vers le corps hospitalier que l'on va désormais se tourner pour traiter ce que l'on ne tarde pas à nommer « maladie mentale ». Au milieu du XVIIème siècle, est fondé par décret le statut d'Hôpital général où sont enfermés idiots, fous, possédés, vésaniques[14], prostituées, asociaux et opposants politiques. Les thérapies proposées sont alors la contention par chaînes, la mise au travail ou le cachot. Le fou n'est plus dominé par le malin (de malignitas, qui signifie «méchanceté»), mais par la maladie (de male habitus, «qui se trouve en mauvais état»). Cependant, il n'en reste pas moins « maudit ».

       C'est un peu avant la Révolution qu’ont lieu les premières expériences visant à éduquer les personnes déficientes. Ce sont surtout les déficients sensoriels qui sont pris en charge et notamment les sourds-muets.  En Espagne, des méthodes de rééducation apparaissent dès le XVIème siècle avec Ramirez de CARRION, Juan-Pablo BENET. Mais ces méthodes ne sont pas publiées et les élèves sont tenus au secret absolu quant à la manière dont ils ont été éduqués. C’est finalement en France que se crée la première institution pour enfants sourds, grâce à l'abbé de L'ÉPEE. Ce dernier invente le fameux « langage des signes » et l'on commence à penser que les sourds ne sont pas nécessairement des idiots. D'autres institutions religieuses se créent alors pour accueillir des déficients sensoriels. C'est une première étape dans la prise en charge du handicap, mais réduite pour le moment à son versant le plus acceptable, la déficience sensorielle.

       Sous la Révolution, le docteur PINEL obtient la libération des enchaînés et demande de séparer les fous des délinquants et autres asociaux. Les aliénés commencent à être considérés comme des malades, susceptibles non pas de guérir mais déjà d'évoluer. Des traitements apparaissent à mesure que se constituent les classifications des désordres mentaux. Ils sont confiés à un ordre particulier, les médecins aliénistes, investis d'une mission sociale de protection.       Etant dépourvus de réels moyens thérapeutiques, les médecins utilisent leur temps pour décrire scientifiquement les symptômes, établissant une véritable nosographie. En 1838, le Parlement adopte un texte législatif destiné à « protéger les malades ». Toujours en vigueur, cette disposition permet l'internement dans un établissement créé par la loi, nommé successivement Asile départemental, Hôpital psychiatrique, Centre psychothérapique départemental puis Centre hospitalier spécialisé. Le comte PORTALIS, dans son rapport, précise clairement l'orientation de la loi.

«Je voudrais qu'on se préoccupât de ce point-ci, c'est que nous ne faisons pas une loi pour la guérison des personnes menacées ou atteintes d'aliénation mentale ; nous faisons un loi d'administration, de police et de sûreté.»

      

       Pendant très longtemps, il est tout simplement impossible de concevoir que l'enfant puisse être aliéné car la folie est envisagée comme une perversion du sens moral de l'Homme. On doit à MOREL, célèbre médecin aliéniste français du XIXème siècle l'affirmation selon laquelle, sous l'influence de multiples agressions, l'Homme dévie du type idéal. Les stigmates physiques et psychiques de sa dégénérescence se transmettent héréditairement jusqu'au stade ultime, le dégénéré inférieur stérile. A cette époque, les troubles mentaux de l'enfant sont encore ignorés : il a le droit d'être normal ou idiot congénital.

        Le terme d'idiot tel qu’il est utilisé par ESQUIROL au début du XIXème siècle renvoie effectivement à l'état d'isolement dans lequel se trouve le sujet[15]. C'est précisément à cette époque qu’est découvert « Victor de l’Aveyron », dont la majeure partie de l’enfance s’est déroulée en isolement total du reste de la civilisation et qui constitue de fait, un sujet d’étude idéal pour les psychiatres de l’époque. Les principales théories concernant l’influence du milieu sur le développement du sujet vont pouvoir trouver de nouveaux points d’ancrage et de nouvelles conditions d’expérimentation. En même temps, l’idiot devient pour la première fois une figure littéraire et quasi-mythique, sollicitant l’imaginaire et passionnant les foules.



[1] On retrouve en partie cette distinction dans la société africaine traditionnelle.

[2] FALLET parle d’envoyer l’idiot à la débredinoire pour qu’il se débredinât. (Un Idiot à Paris. Editions Denoël, 1966)

[3] Cette source de retard mental est actuellement  prise très au sérieux par les ostéopathes « crâniens ». comme nous le signalions dans « Approche ethnographique d’une thérapie manuelle : l’ostéopathie », mémoire de maîtrise, Paris VII.

[4] En Afrique l’enfant nit ku bon peut être également qualifié d’enfant nit u ndox, ce qui signifie personne de l’eau, particulière du fait de la présence d’un esprit. Voir à ce sujet Maurice DORES, La Femme village, L’Harmattan, 1981

[5] Nous avons pu constater en visitant un monastère en Haute-Savoie que les attardés mentaux venant de familles aisées y avaient toujours leur place en échange de donations généreuses.

[6] Peut-être s’agit-il d’un rituel endorciste qui correspondrait à ce que l’on appelle communément « déniaiser ». Le « sexuel » est à considérer ici comme une « révélation ». Voir à ce sujet le ch. XI.

[7] James George FRAZER estimait que les Perses, après qu’ils ont occupé Babylone (539), ont été les médiateurs indo-européens du « carnaval » et ont peut-être suscité la fête juive de Pourim.

[8] Cité par Daniel FABRE dans Carnaval ou la fête à l’envers, Gallimard, 1992, p. 55

[9] Daniel FABRE, op.cit., p. 63-64

[10] D’où vient l’expression « échec et mat ».

[11] Dans les « masques laids » du carnaval, figurent l’Homme des Bois, le Diable cornu, le Maure et le Bufon, c’est-à-dire le sauvage, le possédé, l’étranger et l’idiot. Dans la tradition anglaise, à partir de 1608, les masques laids sont figurés par des « antimasques » qui peuvent être soit une bande de garçons turbulents, soit douze sorcières ou mégères.

[12] Selon Mathieu PARIS, il y en aurait eu 19000 à travers la chrétienté. Cité par Michel FOUCAULT dans Histoire de la folie, p. 13. En France, le chiffre avoisinait les 2000 en 1266.

[13] Romain LIBERMAN, Handicap et maladie mentale, p. 9.

[14] de vésanie, maladie mentale.

[15] Jean Etienne ESQUIROL, médecin français né à Toulouse en 1772 est considéré comme l’un des fondateurs de la clinique et de la nosographie psychiatriques.

Les idiots sont décrits alors comme des non-humains, des animaux à tête humaine mais sans âme, des singes maladroits et malfaisants. Ces descriptions sont à rapprocher de celles effectuées à l'époque sur les hommes primitifs.