Apprentis ethnologues et ethnopédagogie

Publié le par ethnoeduc

La collection « Repéres pour agir » propose dans la collection « dispositifs » un ouvrage consacré à la pratique ethnologique dans le cadre scolaire - exclusivement dans le second degré.

 

La première partie – que l’on aurait souhaité plus conséquente – rappelle un certain nombre de concepts propres aux sciences humaines en général et à l’ethnologie en particulier. Les auteurs constatent que les termes d’identité et de culture ont été employés dans des contextes fort divers au point de perdre tout sens. Pourtant ces notions sont au coeur de la réflexion ethnologique. Les ethnologues ont contribué à montrer que la culture était une construction sociale dynamique, ouverte et complexe. Par son regard extérieur, l’ethnologie vient questionner les écarts entre l’observant et l’observé en même temps qu’il acquiert par la connaissance de l’autre une faculté à questionner sa propre société. Cette discipline concourt à une meilleure prise en compte de la diversité culturelle en même temps qu’elle a dénoncé différentes formes d’ethnocide et d’ethnocentrisme. Récemment, les ethnologues ont quelque peu délaissé les terrains « exotiques » (ethnologie du lointain)  pour s’intéresser davantage aux sociétés modernes (ethnologie du proche), terrain qu’ils partagent avec les sociologues, mais avec un autre regard[1]. Mais leurs méthodes restent avant tout qualitatives là où les sociologues privilégient les traitement statistiques ou « macro » - la microsociologie s’est cependant largement rapproché des méthodes ethnographiques. Par l’étude compréhensive de la diversité humaine, l’ethnologie participe au combat contre l’intolérance en cherchant à se déprendre des « jugements de valeur ».

 

Initiation à la méthode ethnographique

La méthode ethnographique est présentée aux élèves sous la forme d’ateliers. Mobilisant entretiens informels et observations participantes, les notes de terrain sont consignées dans un carnet nommé « journal de terrain ». Les élèves sont invités à élaborer un guide d’enquête et à identifier les informateurs potentiels. La collecte des données, peu structurée au départ, doit à permettre un va-et-vient entre le terrain et la réflexion collective vis-à-vis de l’objet choisi. En allant di particulier vers le général, les élèves s’initient à la pratique de la méthode inductive. Une part importante doit être laissée à l’interprétation des faits et des données afin de permettre une restitution double : vers l’institution d’une part, vers le terrain enquêté d’autre part. Une pratique à deux voix des ateliers (professeur + ethnologue) permet de resituer les apports disciplinaires et d’identifier la spécificité de l’ethnologue. Un partenariat avec un musée peut permettre d’engager la démarche sur le plan muséologique. Les thèmes choisis par les élèves tournent le plus souvent autour des thèmes identitaires - le sentiment d’appartenance, la francophonie, la culture métisse, la découverte du monde arabe – de la culture – contes, chanson, fêtes calendaires et interculture – et de l’anthropologie du corps – le soin, le costume, le linge, les codes vestimentaires des adolescents, la communication non verbale. Un certain nombre d’enquêtes prennent l’institution pour objet, étudiant le fonctionnement des établissements au quotidien.

 

Une forme d’auto-analyse

 

En prenant pour objet d’étude des éléments proches (la vie de l’établissement, les codes vestimentaires), les collégiens et les lycéens ont l’occasion de prendre du recul sur les valeurs et les attitudes qui rythment leur quotidien. Par là-même ils en viennent à s’interroger sur les notions de distinction et de conformité, en analysant et en explicitant les codes (habiller et maquiller son corps, trouver son style).

L’étude des symptômes (mal de ventre) permet d’identifier le corps comme porteur d’un langage (somatisation) plus ou moins reconnu dans nos sociétés et ouvrant à diverses pratiques médicales (médecine, guérissage, auto-médication naturelle, etc.). La reconnaissance plus ou moins différenciée des pratiques induit des questionnements sur les rationnalités (scientifique, culturelle, etc.) et permet des échanges à l’intérieur des groupes sur les valeurs familiales (médecine scientifique vs médecine douce).

De même, l’étude des codes posturaux (le bien s’asseoir) interroge l’évolution du mobilier et son impact sur les usages sociaux (s’asseoir par terre ou sur une chaise).



[1] Cf. Pascal DIBIE, La Passion du regard. Essai contre les sciences froides. Métailié, 1998

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